Energie : les Bretons doivent pouvoir choisir… mais choisir réellement
- Actualité
- 26 juillet 2026

La tribune publiée le 24 juillet dernier dans Le Télégramme par Les Voix du nucléaire pose un constat important : “Les Bretons doivent pouvoir choisir.”
Sur ce point, nous sommes pleinement d’accord.
Mais encore faut-il préciser ce que signifie réellement choisir.
Aujourd’hui, la Bretagne ne décide ni de sa programmation énergétique, ni de ses investissements structurants, ni de l’implantation éventuelle de nouvelles centrales, ni de la politique nationale de stockage, ni de l’organisation du réseau électrique. Les grandes orientations sont arrêtées à l’échelle de l’État, puis appliquées aux territoires.
Le débat ne porte donc pas seulement sur le nucléaire. Il porte d’abord sur la gouvernance.
La Bretagne ne souffre pas d’un manque de débat ; elle souffre d’un manque de compétence.
Les auteurs de la tribune rappellent que la Bretagne ne produit qu’environ 30 % de l’électricité qu’elle consomme.
Le chiffre est probablement exact.
Mais il ne répond pas à la question essentielle : pourquoi ?
Cette situation n’est pas une caractéristique naturelle du territoire. Elle résulte d’un demi-siècle d’organisation extrêmement centralisée de la production électrique française.
Personne ne reproche au Grand Paris de produire très peu de son électricité. Les grandes métropoles consomment ; d’autres territoires produisent. C’est un choix d’organisation nationale.
Présenter la Bretagne comme naturellement dépendante revient donc à transformer une organisation politique en fatalité géographique.
Les Voix du nucléaire rappellent également que le nucléaire est une énergie faiblement émettrice de carbone.
Ce constat est largement partagé.
Mais faible émission de CO2 ne signifie pas absence d’impact environnemental.
Une politique énergétique ne peut être évaluée à partir d’un seul indicateur.
L’extraction de l’uranium, la dépendance aux importations de combustible, les besoins en eau de refroidissement, la gestion des déchets radioactifs, le démantèlement des installations et le transfert d’une partie des coûts vers les générations futures font eux aussi partie du bilan d’une filière.
Dire cela ne revient pas à nier les qualités du nucléaire.
Cela revient simplement à considérer l’ensemble de son cycle de vie.
À l’inverse, les énergies renouvelables ne doivent pas être caricaturées.
Affirmer qu’une éolienne ne produit que “10 à 25 % du temps” entretient une confusion entre facteur de charge et temps réel de fonctionnement.
Une éolienne produit une grande partie de l’année, mais avec une puissance variable selon les conditions de vent.
Surtout, aucune politique énergétique sérieuse ne repose sur une seule technologie.
Les réseaux modernes associent plusieurs productions complémentaires, des capacités de stockage, des interconnexions, une gestion de la demande et des moyens pilotables.
Comparer une centrale nucléaire à une seule éolienne n’a donc guère de sens.
Il faut comparer des systèmes énergétiques complets.
Le débat paysager mérite également davantage de nuance.
Oui, un parc éolien modifie un paysage.
Mais réduire le choix énergétique à une comparaison esthétique serait une erreur.
Depuis plusieurs points élevés de la côte nord de la Bretagne, le parc de la baie de Saint-Brieuc est d’ailleurs souvent peu perceptible et fréquemment masqué par la brume ou les conditions météorologiques.
Inversement, une centrale nucléaire ne se résume pas à son bâtiment réacteur.
Elle implique des infrastructures industrielles importantes, des lignes à très haute tension, des servitudes durables, un démantèlement futur et une gestion des déchets sur le très long terme.
L’impact visuel est un critère légitime.
Il ne peut être le seul.
La tribune qualifie également la biomasse de “polluante”.
Cette affirmation est beaucoup trop générale.
La biomasse recouvre des réalités très différentes.
En Bretagne, elle comprend les haies bocagères, les connexes forestiers, les résidus agricoles, les effluents d’élevage, les déchets des industries agroalimentaires, les boues de stations d’épuration et la fraction fermentescible des déchets ménagers.
Ces matières existent déjà.
Quelles que soient les orientations agricoles futures, elles devront être collectées, traitées et valorisées.
Une méthanisation correctement encadrée n’a pas vocation à encourager le productivisme agricole.
Elle constitue au contraire un outil de gestion des déchets organiques, de production de biogaz, de restitution de matière organique aux sols et de diversification des revenus agricoles.
La priorité demeure naturellement la production alimentaire.
L’énergie n’intervient qu’en valorisation des coproduits et des résidus.
La véritable différence entre Bretagne majeure et Les Voix du nucléaire n’est donc pas uniquement technologique.
Elle est institutionnelle. Le programme électronucléaire français est né d’une logique de planification nationale extrêmement centralisée.
Bretagne majeure défend une logique différente.
Nous estimons que les régions doivent disposer des compétences leur permettant de construire leur propre stratégie énergétique, d’en assumer les responsabilités et d’en rendre compte devant leurs citoyens.
Cela ne signifie ni un refus systématique du nucléaire, ni une adhésion aveugle aux renouvelables.
Cela signifie que les arbitrages entre sécurité d’approvisionnement, coût de l’énergie, climat, biodiversité, paysages, industrie et développement territorial doivent être débattus et décidés par les institutions démocratiquement responsables du territoire concerné.
Les Voix du nucléaire affirment que “les Bretons doivent pouvoir choisir”.
Nous partageons pleinement cette ambition.
Mais le véritable droit de choisir ne consiste pas à accepter ou à refuser une technologie proposée depuis Paris.
Il consiste à permettre à la Bretagne de disposer enfin de la compétence énergétique, des moyens financiers et de la responsabilité politique nécessaires pour définir elle-même son propre mix énergétique.
C’est cette capacité de décision qui constitue, à nos yeux, le fondement d’une véritable démocratie territoriale.
Le débat sur le nucléaire n’en est finalement qu’une illustration parmi d’autres.
Pour en savoir plus sur une Bretagne sans pétrole et sans nucléaire
Téléchargez notre étude sur l’énergie :
Le nouveau projet alter breton 2022
https://bretagne-majeure.bzh/pellgargan/diellou/502_NPAB_YB.pdf
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