Un nouveau sondage aux allures de plébiscite

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  • 23 octobre 2026

du centralisme autoritaire au fédéralisme solidaire

Les chiffres sont suffisamment éloquents pour mériter mieux qu’un commentaire de satisfaction. Selon le sondage Ifop réalisé pour Régions & Peuples Solidaires, 78 % des habitants de la Bretagne historique souhaitent que davantage de décisions soient prises dans les régions. À l’échelle française, ils sont 74 %. Et 85 % des Bretons estiment que le centralisme profite avant tout à Paris et à l’Île-de-France.

Ce jeudi 22 octobre, Le Télégramme consacre une page entière à ces résultats, sous un titre qui va droit au but : « Les Bretons veulent que les Régions pèsent plus ». La question du pouvoir territorial n’est donc plus seulement une préoccupation de militants régionalistes. Elle entre dans le débat public par la grande porte.

Mais que signifie exactement cette volonté de décider davantage ?

Il ne suffit pas de transférer quelques tâches administratives aux collectivités tout en conservant à Paris la définition des politiques, les règles qui les encadrent et l’essentiel des moyens financiers. Une décentralisation qui se limite à faire exécuter localement des décisions prises ailleurs ne répond qu’imparfaitement à l’aspiration exprimée.

C’est toute la différence entre administrer un territoire et lui reconnaître une véritable capacité politique.

Le sondage révèle d’ailleurs que 64 % des répondants de Bretagne historique soutiennent une évolution fédérale permettant aux régions d’adopter certaines de leurs propres lois et normes. Cette adhésion ne signifie pas que tous partagent la même conception du fédéralisme. Elle montre néanmoins qu’une autre organisation des pouvoirs peut être envisagée bien au-delà des cercles qui la défendent depuis longtemps.

Il y a là une invitation à dépasser les querelles de vocabulaire. Autonomie, décentralisation, différenciation, fédéralisme : ces mots suscitent des adhésions et des réticences variables. Mais derrière eux se pose une question beaucoup plus simple : qui doit pouvoir décider, de quoi, avec quels moyens et devant qui devra-t-il en répondre ?

En Bretagne, les sujets ne manquent pas. L’enseignement et la transmission de nos langues, les transports, l’aménagement du territoire, le développement économique, l’énergie ou encore les politiques culturelles pourraient faire l’objet de choix mieux adaptés aux réalités bretonnes. Encore faudrait-il définir précisément les compétences concernées, les institutions responsables et les ressources correspondantes.

Car la liberté de décider ne vaut pas grand-chose sans les moyens de mettre les décisions en œuvre.

Bretagne majeure a déjà consacré plusieurs travaux à la répartition territoriale des recettes et des dépenses publiques. Ils montrent combien il est nécessaire de rendre les circuits financiers plus transparents et de pouvoir discuter démocratiquement de l’affectation des ressources. Le débat institutionnel ne peut être séparé du débat budgétaire.

Il ne peut davantage être séparé de la solidarité. Le fédéralisme n’a pas pour objet de dresser les territoires les uns contre les autres, ni de permettre aux plus riches de s’affranchir de leurs responsabilités collectives. Il doit au contraire organiser clairement le partage des compétences, des ressources et des obligations, dans un cadre démocratique commun.

Les résultats du sondage montrent aussi que cette aspiration traverse des électorats très différents. C’est à la fois sa force et sa limite : une majorité favorable à des décisions plus proches des citoyens ne constitue pas, à elle seule, une majorité acquise à un projet institutionnel précis.

Il revient donc aux responsables politiques de sortir des généralités. Dire que l’on souhaite davantage de proximité, défendre la décentralisation ou invoquer les territoires ne suffit plus. Quels pouvoirs faudrait-il exercer en Bretagne ? Par quelles institutions ? Avec quelles ressources ? Et quels contrôles démocratiques ?

Ces questions méritent une confrontation publique des propositions, plutôt qu’une nouvelle collection de déclarations d’intention.

Cela tombe bien : Bretagne majeure organise le 27 mars 2027 à Karaez (Carhaix) un forum consacré au fédéralisme.

Les responsables politiques bretons ne manqueront certainement pas de commenter ce sondage. Nous les invitons donc à venir expliquer, le 27 mars, quels pouvoirs ils souhaitent réellement voir exercer en Bretagne.

Ils auront ainsi quelques mois pour préparer leur réponse !